Benjamin Melloul, Head of Sales chez AZmed et docteur en pharmacie, partenaire de Prédilis, raconte l'IA en imagerie médicale : fractures aux urgences, découvertes fortuites, responsabilité du médecin, et sa vision à dix ans.
AZmed est l'un des partenaires de Prédilis. Benjamin Melloul, son Head of Sales, docteur en pharmacie, a animé le 2ᵉ épisode du podcast Prédilis, consacré à l'intelligence artificielle dans la santé. Cet article rassemble ce qu'il y a dit de son métier, d'AZmed et de la place de l'IA aux côtés des médecins. Tous les propos ci-dessous sont les siens, tirés de l'épisode.
👉 L'épisode complet et son résumé : Podcast Prédilis #2 — l'IA dans la santé.
Du comptoir de la pharmacie à l'imagerie médicale
Benjamin Melloul a d'abord exercé comme pharmacien. Il travaille aujourd'hui avec l'intelligence artificielle depuis plusieurs années : il a rejoint AZmed, qu'il présente comme une entreprise pionnière en Europe sur les logiciels d'IA en radiographie standard. Le principe, dans ses mots : faire de l'analyse automatique d'images pour assister les médecins dans leur diagnostic. Il se met désormais, dit-il, « au service des médecins », en particulier des radiologues et des urgentistes.
Ce qui l'a marqué en arrivant dans ce domaine : voir, au quotidien, à quel point l'IA est utilisée et utile auprès des médecins.
Pourquoi commencer par les fractures aux urgences
Les premiers logiciels d'AZmed, raconte-t-il, ont porté sur la détection des fractures. L'idée était d'aider les radiologues et les urgentistes à analyser des images dans un contexte d'urgence. Pourquoi là ? Parce que, selon les études cliniques qu'il cite, les erreurs de détection des fractures sont une cause d'erreur importante aux urgences, dans un contexte de stress qui pèse sur l'analyse.
« À 4 heures du matin »
C'est là, explique-t-il, qu'AZmed se sent le plus utile : la nuit. À 4 heures du matin, un radiologue ou un urgentiste n'a pas le même niveau d'attention qu'à 8 heures après un café. L'IA, elle, garde les mêmes performances quelles que soient les conditions. D'où l'idée qu'il défend d'un standard de soins réplicable, et d'une forme d'équité pour les patients, quel que soit le moment ou le professionnel.
Les découvertes fortuites
Parmi les cas qui l'ont le plus marqué, il cite les découvertes fortuites. AZmed, dit-il, s'adresse au contexte des urgences : sur une radiographie du thorax, l'IA aide à repérer les lésions qu'on y cherche habituellement, comme une infection, un pneumothorax ou un épanchement pleural. Mais elle peut aussi signaler un nodule pulmonaire que le médecin ne cherchait pas, parce que le patient venait pour une toux et que tout orientait vers une infection. C'est, selon lui, une façon pour l'IA d'aider à prendre en charge un patient non pas pour la cause qui l'a amené aux urgences, mais pour ce que cette anomalie pourrait devenir plus tard.
Il évoque aussi, comme exemple qu'il observe sur son marché sans qu'il concerne directement AZmed, le dépistage du cancer du sein : en relisant d'anciennes mammographies, on a constaté que l'IA aurait repéré des anomalies passées inaperçues à l'époque.
Le médecin aidé, pas remplacé
Benjamin Melloul revient sur l'histoire des études cliniques. Les premières comparaient les performances du médecin à celles de l'IA, ce qui revenait à chercher lequel des deux est le meilleur, une question qu'il juge mauvaise. Les suivantes ont comparé le médecin seul au médecin aidé par l'IA, et c'est là, dit-il, qu'on a mesuré des gains de performance. Pour lui, l'enjeu n'est pas de remplacer les professionnels de santé par l'IA, mais d'atteindre un niveau de qualité homogène sur tout le territoire.
Il rappelle aussi que la réglementation va dans ce sens : pour ces logiciels d'aide, la responsabilité du diagnostic reste celle du professionnel de santé.
Précision, productivité, conditions de travail
Benjamin Melloul distingue plusieurs apports de l'IA en santé. Le premier est le gain de précision : sur une image comme sur une ordonnance, il s'agit de réduire les erreurs, et c'est, selon lui, ce qui suscite le moins de débat, parce que personne ne regrettera d'éviter un mauvais diagnostic. Le deuxième est le gain de productivité, plus délicat à défendre quand on parle de soins, mais qui permet de rendre du temps. Le troisième touche aux conditions de travail : être aidé par l'IA dans un contexte d'urgence, c'est travailler dans de meilleures conditions, au bénéfice du patient.
Il souligne enfin une différence : quand on cherche à mettre un logiciel d'IA sur le marché, on produit des données cliniques de performance ; mais l'usage réel, sur le terrain, au quotidien, est une autre question, qu'il faut observer à part entière.
Dire au patient qu'on utilise l'IA
Au début, raconte-t-il, beaucoup de médecins ne souhaitaient pas dire à leurs patients qu'ils s'aidaient d'une IA, par crainte de paraître moins compétents. Il a même eu des débats avec des médecins inquiets qu'un logiciel pointe une anomalie invisible à l'œil nu. Les mentalités ont évolué : l'IA est de plus en plus présentée comme une sécurité supplémentaire pour le patient, et la communication sur son usage est en train de devenir la règle.
Des données représentatives, un enjeu de développement
Sur les biais des données, Benjamin Melloul apporte un regard d'entreprise. Une IA est d'autant plus fiable que ses données d'entraînement sont représentatives. Or les situations rares coûtent cher à documenter, et une base vraiment représentative suppose de pouvoir se développer sur des marchés larges, en Europe et au-delà. D'où une question qu'il pose ouvertement : comment aider les entreprises à passer de l'expérimentation à l'usage en routine, notamment en permettant aux établissements de santé de s'équiper ?
Sa vision à dix ans
Sa réponse tient en une idée : ne plus ressentir la frustration des professionnels de santé qui ont envie de faire, mais n'en ont pas la capacité. Être accompagné par une IA qui libère du temps, rend plus autonome et plus performant, sur n'importe quel cas d'usage.
Ce que nous partageons avec AZmed
Chez Prédilis, nous partageons cette conviction : l'IA prépare, le professionnel soigne. Dans nos bilans et entretiens de prévention, l'IA analyse le questionnaire du patient et prépare la trame ; le professionnel relit, ajuste et valide.
Les points clés
- AZmed développe, selon Benjamin Melloul, des IA d'analyse d'images médicales qui assistent les médecins, notamment aux urgences.
- Leur intérêt : un niveau de qualité constant, même la nuit ou dans le stress.
- Les découvertes fortuites montrent ce que l'IA peut apporter au-delà du motif de consultation.
- La responsabilité reste celle du médecin ; la bonne comparaison est le médecin seul contre le médecin aidé.
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