Samuel Tordjman, pharmacien et co-dirigeant de Leader Santé, partenaire de Prédilis, partage sa vision : l'IA pour rendre du temps au pharmacien, les nouvelles missions encore méconnues et la pharmacie dans dix ans.
Leader Santé est l'un des partenaires de Prédilis. Son co-dirigeant, Samuel Tordjman, pharmacien, a participé au 2ᵉ épisode du podcast Prédilis, consacré à l'intelligence artificielle dans la santé. Il y intervient aussi au titre de son engagement auprès de la CPAM du Val-d'Oise, comme président de la commission paritaire. Cet article rassemble ce qu'il y a dit de la pharmacie, de l'IA et des nouvelles missions. Tous les propos ci-dessous sont les siens, tirés de l'épisode.
👉 L'épisode complet et son résumé : Podcast Prédilis #2 — l'IA dans la santé.
Une adoption personnelle avant d'être professionnelle
Samuel Tordjman a découvert l'IA dans sa vie personnelle, et l'a adoptée très vite, parce qu'elle simplifiait beaucoup de choses au quotidien. Mais, explique-t-il, quand on est professionnel de santé, la frontière entre le personnel et le professionnel est mince : la question est vite venue de savoir comment elle pourrait aider son métier, sans le remplacer et sans qu'on s'y fie aveuglément.
En pharmacie, l'IA en est encore à ses débuts
Son constat est lucide : en pharmacie, l'IA en est encore au balbutiement. Peu de pharmaciens qu'il côtoie l'utilisent au quotidien, pour des raisons réglementaires et techniques : il faut qu'elle s'intègre à la délivrance sans la ralentir. Les logiciels ajoutent progressivement des briques d'IA, et des outils sont en test dans des pharmacies, qui cherchent encore leur modèle économique.
Mais l'usage clé est identifié : l'analyse de l'ordonnance. Même un pharmacien ou un préparateur diplômé peut avoir un moment d'inattention ; un outil qui allume un « feu rouge » devant un risque d'interaction ou un mauvais dosage peut éviter une erreur de délivrance.
La responsabilité reste au pharmacien
Pourquoi l'IA ne remplacerait-elle pas le pharmacien ? Pour Samuel Tordjman, la première raison est la responsabilité : le pharmacien engage son diplôme et son assurance. Même aidé par un outil, c'est lui qui répond de la délivrance. Et l'IA peut se tromper : il faut garder un regard critique.
Rendre du temps au patient
Pour lui, l'enjeu est là : en prenant en charge les tâches à plus faible valeur ajoutée, l'IA rend du temps. Il cite :
- l'analyse de l'ordonnance ;
- les comptes rendus et le classement des dossiers ;
- demain, la gestion des stocks, pour moins de ruptures ;
- la préparation des entretiens, comme le bilan partagé de médication, long et complexe.
Ce temps, insiste-t-il, doit revenir au patient : à l'écoute, au lien social, aux questions que le patient n'ose pas poser. Il nuance d'ailleurs le mot : bien souvent, ce qu'on appelle IA relève surtout de l'automatisation.
Des missions que les Français ne connaissent pas
C'est l'un des passages les plus forts de son intervention. Faute de médecins en nombre suffisant, explique-t-il, une partie du temps médical a été transférée vers la pharmacie : la vaccination, prescrite et réalisée en pharmacie ; les tests de l'angine et de la cystite, avec la possibilité de délivrer un antibiotique si le test est positif. Selon lui, très peu de Français le savent, et le pharmacien lui-même n'a pas encore pu s'en saisir pleinement, parce qu'il n'a pas encore récupéré le temps nécessaire.
Ce n'est pas, souligne-t-il, pour faire concurrence au médecin : c'est que le médecin n'a plus le temps. Et convaincre un patient, par exemple de se faire vacciner, demande du temps, celui de s'asseoir et d'expliquer.
Pour connaître ces missions, leurs règles et leur rémunération, lisez notre guide des nouvelles missions du pharmacien.
Une IA qui nivelle la qualité des soins vers le haut
Samuel Tordjman voit dans l'IA une forme d'équité pour les patients. Un professionnel peut être plus ou moins expérimenté, fatigué un jour, débordé un autre : une IA qui apporte le même soutien quel que soit l'état de la personne qui l'utilise peut, selon lui, niveler vers le haut les soins délivrés. Il y voit même un moyen d'éviter une médecine à deux vitesses : le professionnel qui a le moins de temps peut, lui aussi, être aidé. Ce qui fera toujours la différence, ajoute-t-il, c'est le temps que le praticien prendra pour l'écoute et le lien avec le patient.
Revenir aux fondamentaux du métier
Pour Samuel Tordjman, c'est peut-être la vraie réponse à la question du « remplacement ». En augmentant la précision et la productivité, l'IA peut permettre aux professionnels de santé de revenir aux fondamentaux de leur métier : être de véritables soignants, et proposer l'étendue de ce qu'ils savent faire, notamment la prévention. Il cite les pharmaciens, mais aussi les médecins et les infirmiers, qui peuvent réaliser des bilans de prévention mais se demandent où trouver le temps. L'enjeu, résume-t-il, est que l'IA fasse gagner du temps médical au médecin, du temps pharmaceutique au pharmacien et du temps de soin à l'infirmier.
Pour y parvenir, il faudra, dit-il, lever les peurs, du côté des patients comme des pharmaciens.
Le patient qui arrive avec la réponse de l'IA
Samuel Tordjman observe aussi l'arrivée de patients qui ont déjà interrogé une IA grand public avant de venir. Ni bien ni mal, pour lui : c'est un fait, et il faut former les professionnels de santé à y répondre, d'autant que ces réponses peuvent inquiéter à tort ou rassurer trop vite.
La pharmacie dans dix ans
Il se projette en se plaçant du côté du patient. Ce qui serait « génial », dit-il :
- recevoir une alerte avant la fin de son traitement, pendant que le pharmacien prépare le renouvellement ;
- être prévenu quand il est temps de revoir son médecin ;
- un parcours qui anticipe, par exemple plus de dépistage pour les complications d'une maladie chronique ;
- au fond, un patient libéré d'une partie de la charge mentale de son traitement.
Ce que nous partageons avec Leader Santé
Chez Prédilis, nous partageons cette vision : l'IA doit rendre du temps au professionnel de santé pour qu'il le consacre au patient. C'est ce que fait Prédilis pour les bilans et entretiens de prévention : l'IA prépare, le pharmacien relit, valide et échange.
Les points clés
- En pharmacie, l'IA est encore à ses débuts ; son usage clé est l'analyse de l'ordonnance.
- La responsabilité reste au pharmacien, qui doit garder un regard critique.
- Le temps gagné doit revenir au patient.
- Les nouvelles missions (vaccination, tests rapides) sont encore mal connues du public.
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